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Le féminisme en Mauritanie : l’étendue du réalisme dans la formulation des causes de la femme et les critiques à son égard.

Par Aminetou Zeidane

Maintes associations de mouvements féministes ont émergé ces derniers temps au niveau des courants de pensée progressistes qui demandent les droits des femmes, que ce soit sur le plan politique, économique, social et culturel. À l’égal de toutes les sociétés progressistes, à l’avis de certains, la femme est perçue avec scepticisme et suspicion.

De sorte que, d’une part, il y a les soutiens au féminisme mauritanien en tant que porteur des droits légitimes des femmes et une juste cause et de l’autre, il y a ceux qui y voient une invite à la libération de l’autorité divine et de l’exhibition à outrance.

D’autres démentent formellement l’existence d’un mouvement féministe en Mauritanie, dans la mesure où, objectent-ils, la pensée féministe réelle et mûre ne s’est pas concrétisée dans le pays.

Pour étudier de plus le sujet dans ses moindres détails et en aborder les activistes majeurs des deux sexes, j’ai effectué mains entretiens avec des responsables et des militants, hommes et femmes, en vue d’essayer de provoquer un éveil autour du féminisme mauritanien et de ses finalités.

Wajaha Led-hem, président du bureau politique du Mouvement de jeunesse « Nous pouvons » dit : « Personnellement, je pense que la question du féminisme en Mauritanie mérite d’être posée et abordée au travers de mécanismes et par des procédés plus réalistes, plus sérieux, tels que : la consommation idéologique, les slogans politiques.

La cause des femmes en Mauritanie est tributaire de tiraillements entre des mouvements idéologiques déterminés qui s’évertuent à présenter des visions et à proposer des solutions à des données le plus souvent très éloignées, en quelque sorte, de la réalité du vécu de la femme mauritanienne. Outre le mauvais usage politique de la part de l’élite du sujet. En effet, la courtoise, l’amabilité caractérisent davantage les interventions des uns et des autres que l’analyse et la présentation de solutions.

Pour autant, cela ne signifie pas que le tableau des solutions aux problèmes de la femme en Mauritanie soit aussi pessimiste. En effet, il y a des voix qui s’élèvent en dépit des obstacles et des entraves qui ont pu réaliser d’importants acquis pour la femme dans bien des secteurs, particulièrement en matière des libertés, sans défauts, ni excès. Surtout qu’il faudra davantage d’actions cumulatives pour l’esquisse des contours généraux de l’idéal féminin à partir de la réalité vécu et des exigences de la modernité.

Salka mint Hmeida est une féministe qui préside aux destinées de l’association de jeunesse Taqadoum. Elle prend part à la discussion : « Le féminisme est réparti en plusieurs idéologies. Il y a les féministes libérales, islamistes et gauchistes. Peut-être que les libérales et les gauchistes ont des points en commun. Tandis que les féministes islamistes – dont certaines défendent bien sûr les droits des femmes –, elles ont un discours différent.

En ce qui concerne les islamistes, je considère que leur discours est fragmenté et ne fournit pas de solution au fond du problème. Les défenseuses féministes considèrent que leur discours est absolument réaliste, car il prend en compte la vie privée locale et, bien entendu, de façon progressive.

En fait, la lutte féministe est toujours centrée sur la nécessité d’une loi qui protège les femmes, ce qui est aujourd’hui une des priorités et qui exige qu’elle ne soit pas un saut dans la réalité.

Je considère que le mouvement féministe en Mauritanie ne s’est pas beaucoup développé, peut-être par manque de possibilités et par manque d’enquêtes précises nous permettant de brosser un tableau de la réalité économique, politique et sociale de la femme, et non des émotions.

Une pensée désincarnée et peu d’acquis!

Pour élargir le cercle des opinions au sujet du féminisme mauritanien en tant que pensée progressiste, le féminisme est appréhendé d’un autre angle qui suppose de nouveaux procédés.

Il va sans dire que les gens du pays en savent toujours plus long sur leurs problèmes. Aussi, avons-nous tenté de prendre contact avec certaines féministes mauritaniennes activistes au sein d’associations à caractère féministe. Et ce afin de discuter de l’étendue du réalisme des défenseuses des droits de la femme dans leur plaidoyer et des objections et critiques sur les doléances et les modalités pratiques de réalisation de ce combat. Il est difficile de recueillir leurs opinions, ce qui m’a conduite aux gens intéressés par la problématique.

Le journaliste Moulaye Ely : « J’estime que la cause féministe en Mauritanie est l’une des causes ayant le moins d’acquis sur le terrain pour un tas de raisons. La prédominance de l’inquisiteur social et de l’inquisiteur juridique, lesquels émanent d’un esprit machiste enraciné dans la conscience et l’inconscient collectifs. En plus de la prépondérance et de l’imprégnation des schèmes prédéfinis sur l’illusion de « l’exception mauritanienne » en ce qui concerne les droits de la femme. Outre la supercherie de la projection du système des quotas politiques au sein d’une société encore arriérée, dont l’enseignement est en déliquescence, exempt de la culture des droits de l’homme. L’éveil du féminisme mauritanien qui commence à prendre effet ces dernières années ne s’accompagne pas de vision juridique et de combat sur le terrain. Ce qui se répercute sur une génération à laquelle je considère appartenir, d’autant plus qu’il n’y a pas d’accumulation de recherches sérieuses, de dissection et de diagnostic du cas de la Mauritanie du point de vue des sciences sociales et des études du genre pour expliquer la société d’abord avant de la changer ensuite.

Pour l’avocate Aicha Salma Moustapha : « Il n’existe pas de mouvement féministe dont on puisse parler. On ne peut évoquer ou critiquer que ce qui existe préalablement. Il n’y a pas de mouvement féministe, ce qu’il y a c’est un groupe de jeunes filles ayant un mouvement dénommé « Elles », qui n’est pas encore autorisé œuvrant dans un cadre clair permettant une action collection collective et doté d’une coordination. Ce qui caractérise ce mouvement, ce sont certaines idées chez certaines filles dans ce cadre. Il n’y a même pas lieu d’en faire la critique ».

Le mouvement féministe mauritanien est l’expression de certaines associations de la société civile qui ne se sont pas encore concrétisées comme mouvement féministe manifeste. Il existe un groupe de plaidoyer, mais je n’ai pas informée à ce sujet.

En conclusion.

Le féminisme, que ce soit en Occident ou dans le monde arabe, dans ses divers courants de pensées et les vagues successives qui la portent, mène un combat pour la justice sociale, politique et économique. Ce qui l’expose à la répression et aux admonestions. La Mauritanie ne fait donc pas exception, dans la mesure où la spécificité sociale et religieuse appelle l’émergence d’un mouvement féministe ! D’où la nécessité d’élargir et d’approfondir l’approche de tels mouvements, de débattre de leurs revendications et de leurs objectifs, préalablement à leur critique, pour évaluer leur parcours et préserver les droits de femmes qui combattantes opiniâtres contre lesquelles s’acharnent maints facteurs pour la préservation d’acquis machistes.

 

 

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